Publication : Éléments de cadrage sur la restauration écologique et la restauration des écosystèmes
Le règlement de l'Union européenne relatif à la restauration de la nature est entré en vigueur le 18 août 2024 et crée un cadre juridique commun pour la restauration écologique à grande échelle, tout en s'appuyant sur la législation européenne existante.
Afin d’accompagner la mise en œuvre de ce règlement, ce document, coordonné par l'Office français de la biodiversité, propose d’apporter quelques éléments de cadrage autour de la thématique de la restauration écologique. Il a été conçu comme une synthèse des repères, concepts et références bibliographiques clés permettant d’accompagner les réflexions autour des pratiques de restauration. Ce document constitue un cadre de réflexion, pour appuyer la réalisation de projets de restauration. Il propose un certain nombre de critères, préconisations et outils permettant de maximiser les chances de réussite des projets de restauration écologique, projets qui doivent être conçus avant tout comme des projets de territoire, prenant en compte les objectifs réglementaires, mais également les enjeux spécifiques de chaque territoire. La dernière partie invite à réfléchir aux pratiques de restauration relatives à différents types de milieux et soulève un certain nombre de points de vigilance spécifiques à prendre en compte lors de la mise en œuvre de restauration sur ces milieux.
La restauration écologique
Ce document se divise en quatre parties:
- Une première partie apporte quelques éclairages historiques visant à replacer la restauration écologique telle qu’elle est entendue aujourd’hui dans un long continuum temporel d’actions visant à Q réparer R, Q remettre en état R des milieux naturels altérés (diminution des ressources naturelles, érosion des sols…) qui trouvent une traduction dans la réglementation, et ce dès le Moyen-Âge.
- Une deuxième partie s’attache à exposer des éléments de définition de la restauration écologique et de concepts proches qui font aujourd’hui consensus, puis expose de quelle manière se décline cette définition dans le règlement restauration et quels sont les grands principes de mise en oeuvre de la restauration écologique.
- Une troisième partie traite de la question de l’évaluation des opérations de restauration : comment évaluer la pertinence d’un projet ? comment mesurer l’atteinte de ses objectifs ? comment mesurer le succès d’une opération de restauration ?
- Enfin la dernière partie illustre le propos par des exemples d’opérations de restauration sur différents types de milieux et relève les différents points d’attention spécifiques à l’intervention sur ces milieux.
- Des annexes viennent compléter le document et visent à approfondir quelques points particuliers. Une sélection de références bibliographiques, dont un grand nombre en français et en accès libre, accompagne l’ensemble de ces réflexions et peut être retrouvée en fin de document.
Zoom sur les milieux humides
De par la diversité de leurs fonctions, la restauration des milieux humides peut être intégrée à des stratégies répondant aux enjeux de différentes politiques des territoires : climat, inondations, qualité de l’eau, santé, aménagement, tourisme, qualité de vie, agriculture… (Critère 1)
Deux types d’opérations peuvent être différenciées :
- Celles qui visent à restaurer l’hydrologie d’un milieu humide qui a perdu tout ou partie de son caractère humide ou dont le fonctionnement hydrologique a été altéré et où on obtient un gain net de surface de milieu humide et des fonctions associées ;
- Celles, assimilables à de la gestion, qui visent à restaurer un écosystème particulier dans un milieu humide toujours fonctionnel d’un point de vue hydrologique et où il n’y a pas de gain net de surface de milieu humide, mais une modification du type de milieu humide présent.
Ce point de vigilance est à garder en tête en particulier dans les opérations de restauration mises en œuvre dans le cadre de la compensation écologique.
Les travaux de restauration hydrologique les plus fréquents sont la suppression de remblai, la neutralisation de drainage, la suppression de plans d’eau, la réhabilitation de sites de lagunage et la suppression de plantations de résineux. La suppression de remblai concerne des zones imperméabilisées (friches industrielles, désimperméabilisation des villes …) ou non. Les opérations de neutralisation de drainage concernent majoritairement le comblement partiel ou total de fossés de drainage mais peuvent également concerner le drainage enterré de terres agricoles. Certaines opérations de restauration hydromorphologique de cours d’eau, tels que le reméandrage et la remise en talweg, peuvent permettre également de restaurer le fonctionnement de milieux humides attenants.
Les principes généraux de restauration préconisés pour les prairies ou boisements peuvent s’appliquer aux milieux humides correspondants. Cependant, en milieu humide, la présence d’eau de façon plus ou moins prolongée et les multiples facteurs qui influencent l’alimentation en eau et sa qualité, nécessitent des diagnostics complémentaires et des précautions particulières lors de la mise en œuvre de la restauration et de la gestion post-travaux.
La présence ou le rétablissement d’un fonctionnement hydrologique adéquat sur le site altéré est un prérequis, mais n’est pas forcément suffisant à la restauration du milieu. Les niveaux d’eau minimum et maximum, la fréquence et la période d’inondation ou de saturation du sol en eau, mais aussi sa qualité, ont tous une influence sur les espèces végétales et animales qui vont pouvoir s’implanter et sur leur organisation spatiale. Ce sont donc des paramètres à prendre en compte pour définir les itinéraires techniques adéquates. Cela passe par un bon diagnostic du fonctionnement hydrologique portant sur le milieu humide à restaurer mais aussi sur sa zone contributive et sa zone fonctionnelle. Il convient en particulier de comprendre quelles sont la ou les source(s) d’alimentation en eau du milieu humide (pluie, eau de la nappe souterraine, nappe perchée, cours d’eau …) et les facteurs qui les influencent (altérations directes et indirectes potentielles liées à des aménagements dans l’aire d’alimentation) (Critère 2).
Il ne sert à rien, par exemple, de chercher à retenir l’eau des précipitations en surface (par la mise en place de merlons par exemple) quand le milieu humide est alimenté par la nappe. De même, chercher à faire déborder artificiellement un cours d’eau pour alimenter le milieu humide alors que celle-ci est alimentée par la nappe de versant n’a pas de sens.
L’objectif est donc de restaurer un fonctionnement hydrologique aussi proche que possible de l’état naturel, en tenant compte des spécificités du site et de ses dynamiques propres, afin de permettre une restauration fonctionnelle et durable du milieu humide. Un suivi piézométrique est très utile après travaux pour s’assurer rapidement, et notamment sans devoir attendre la stabilisation de la végétation, que des conditions hydrologiques adéquates ont bien été retrouvées (Critère 4).
Il convient d’avoir des objectifs réalistes en termes d’écosystème cible, du fait de la difficulté à contrôler avec certitude le bon rétablissement de l’alimentation en eau du milieu et sa qualité. Par ailleurs, les modifications globales doivent être prises en compte, notamment l’enrichissement en nutriments de l’eau des nappes et cours d’eau, le changement climatique mais aussi les modifications observées suite à l’altération du milieu qui ne seraient pas réversibles. En effet, il n’est pas possible par exemple de rétablir un milieu oligotrophe si la nappe qui l’alimente est chargée en nitrates et phosphates. Dans certains cas, la modification de l’hydrologie peut avoir altéré profondément les propriétés du sol (oxydation de la matière organique, tassement, acidification …) et le rendre inadapté aux espèces cibles.
Parfois la modification de la structure du sol ne permet pas le rétablissement total du fonctionnement hydrologique lui-même, notamment lorsque des processus de tassement ont eu lieu, amenant à une diminution de la macroporosité et donc la capacité de stockage et de circulation de l’eau dans le sol.
La présence d’eau impose également des précautions particulières lors de la réalisation des travaux, car elle rend les sols peu portants pendant une période plus ou moins prolongée de l’année. La création d’ornières, voire l’enlisement des engins de chantier, peuvent fortement perturber le sol et devenir à leur tour source d’altération du milieu. Différents retours d’expériences et guides spécifiques peuvent aider les maitres d’ouvrages à adapter leurs itinéraires techniques à la spécificité de milieux humides.
La réalisation des chantiers à l’étiage, l’utilisation d’engins adaptés (faible portance, bras de pelle long permettant de maintenir l’engin sur un secteur sec…) et l’utilisation si besoin de plaques de roulage peuvent permettre de limiter les dégâts. Sur les sites traversés par un cours d’eau, le risque de départ de sédiments pendant le chantier vers le cours d’eau est également à prendre en compte. Globalement, du fait de l’omniprésence de l’eau, certaines précautions d’usage à prendre pour limiter l’impact des travaux lors de la restauration des cours d’eau peuvent également s’appliquer en milieu humide.
L’humidité du site est aussi un critère à prendre en considération dans la gestion envisagée sur le site restauré, certains modes de gestion n’étant pas possibles ou uniquement sur des périodes très courtes.
Les contraintes de gestion peuvent vite s’avérer compliquées si elles n’ont pas été bien anticipées au préalable. Il est par ailleurs tout à fait possible de laisser le milieu en évolution spontanée s’il n’y a pas d’usage ni d’enjeu conservatoire fort, sans porter atteinte aux fonctions du milieu humide. (Critère 3)
En savoir plus
- Le référentiel d'actions écologiques
- Un référentiel de trajectoires écologiques entre habitats EUNIS
- Méthodes d'état de conservation des habitats humides
- Méthode nationale d'évaluation des fonctions des zones humides (V2)
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