Du patrimoine culturel et paysager
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Signée à Florence le 20 octobre 2000, la « Convention européenne du paysage » établit un compromis entre des approches du sujet au départ très dissemblables : la lecture allemande, très liée aux écosystèmes, celle des Anglo-Saxons, de tendance historiciste * ou patrimoniale, celle de la France, enfin, où les liens avec la sociologie et/ou avec l’art sont très forts. Cela ne donne que plus de
robustesse au texte finalement adopté, dont tous les termes ont évidemment été pesés avec le plus grand soin :
« Aux fins de la présente convention, “ paysage ” désigne une portion de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations. »
Notons en particulier l’importance du verbe « percevoir », qui indique bien que le paysage ne se résume pas au « regard », mais comporte également une dimension auditive, tactile, olfactive et gustative.
Nos terres d’eau ont une odeur particulière (de terremouillée...), des bruits leur sont associés (de roseaux ou de battement d’ailes), le goût des produits que l’on y consomme, une sensation de fraîcheur pénétrante dans la chaleur de l’été...
Remarquons également le pluriel du mot « population » qui lui donne une valeur collective et non la simple juxtaposition d’appréciations individuelles.
Le paysage désormais juridiquement défini n’est plus cet objet insaisissable issu « des goûts et des couleurs » de quelques esthètes : il devient ici objet légitime de politiques publiques, puisque ce sont « les populations » (au pluriel !) qui le perçoivent et
peuvent donc ainsi se donner les moyens collectifs de définir ou d’infléchir son évolution. Est-il utile de rappeler que nos marais et nos lagunes sont peuplés d’habitants dont les conditions particulières de vie ont constitué des communautés souvent très sou-
dées et parfois un peu farouches ?
Enfin, le paysage possède un « caractère » (terme que l’on retrouve dans la loi de 2003 comme objectif des actions à mener dans le cadre d’un parc national) : la perception sociale (par les populations) d’une « portion de territoire » lui a donné un caractère à la fois
naturel et humain (la suite du texte...) qui va ainsi constituer la référence des politiques d’aménagement ou de conservation à mener sur cet espace. On a ainsi pu dire que remplacer une prairie par un champ de maïs dans le Marais poitevin constituait bien une inflexion de son « caractère » qui n’était nullement une simple « exploitation normale des fonds ruraux ».
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