État des lieux après IRMA : les étangs de Saint-Martin

Le cyclone Irma, parmi les plus gros cyclones jamais observés, a frappé directement les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy en septembre 2017. Il s’agit de milieux insulaires fragiles où les problématiques de conservation des écosystèmes et d’aménagement du territoire (services, activités…) se partagent un territoire exigu.

Grande aigrette (Ardea alba) sur Rhizophora mangle - avant Irma (© Julien Chalifour, Réserve naturelle nationale de Saint-Martin)Saint-Martin présente des intérêts écologiques majeurs en tant qu’étape migratoire indispensable à de nombreux oiseaux marins et limicoles. Les étangs de Saint-Martin, soit des zones humides classées d’importance internationale au titre de la convention Ramsar, constituent de fait un enjeu primordial pour le territoire : jusqu’à 66 espèces d’oiseaux ont été recensées dans l’étang des Salines. Il s’agit d’espèces sédentaires, migratrices nicheuses, migratrices hivernantes ou estivantes et d’espèces rares (RNSM, 2017). Une grande partie de ces zones humides accueillent des formations de mangrove particulièrement importante pour l’avifaune en tant que zone de refuge, d’alimentation et de reproduction. Des espèces d’oiseaux nichent dans les palétuviers  (aigrette neigeuse  Egretta thula thula, bihoreau violacé Nyctanassa violacea bancrofti, bihoreau gris N. nycticorax hoactli) ou au sol à proximité des mangroves comme l’échassier d’Amérique Himantopus m. mexicanus (RNSM, 2017).

Les étangs accueillent de nombreux limicoles telles les échasses d'Amérique (Himantopus mexicanus) - avant Irma © Julien Chalifour, Réserve naturelle nationale de Saint-MartinMais en 2017, cette richesse écologique a été bouleversée par le passage d’un puissant cyclone. Une mortalité importante des palétuviers a pu être constatée au niveau de plusieurs étangs. On note également la présence de nombreux macrodéchets pouvant interférer avec la résilience des milieux ainsi que des modifications du point de vue hydrologique et sédimentaire. Dans ce contexte, le Conservatoire du Littoral a souhaité réaliser une analyse et un diagnostic écologique postcyclone complet des espaces naturels terrestres et lacustres patrimoniaux.

Mélanie Herteman, écologue au sein de Nature et Développement, a fourni un travail d’expertise environnementale pour réaliser le diagnostic écologique des étangs après la catastrophe ainsi que des préconisations de gestion.

De plus, cette expertise a compris une observation des bassins versants des étangs pour prendre en compte les apports en sédiments et en polluants. Le littoral des étangs (exutoire et milieu marin littoral proche) est également inclus dans le périmètre d'étude. C’est ainsi tout le continuum écologique qui a été appréhendé, permettant ainsi d’avoir une vision systémique du fonctionnement de ces zones humides.

État des lieux après IRMA : quelle gestion mettre en place ?

Macrodéchets dans l'étang de la Barrière © Antenne de Guadeloupe du Conservatoire du littoralUn premier état des lieux post-cyclone sur le terrain, combiné à un travail de recherche et d’observation d’images satellites, permet de mesurer l’ampleur des impacts au niveau de la faune et de la flore. Une analyse de paramètres abiotiques et de la pollution a également été menée pendant cette première phase d’état des lieux. Chacun des sites étudiés voit ses informations résumées en fiches « État des lieux », proposant une vision synthétique des résultats.

Les diagnostics réalisés ont permis par la suite d’établir des préconisations de mesures d’urgence à réaliser rapidement ainsi qu’un programme d’actions pour aider les écosystèmes à retrouver leurs fonctionnalités.

Autre type de macrodéchet dans l'étang de la Barrière © Antenne de Guadeloupe du Conservatoire du littoralD’une manière générale, les écosystèmes terrestres et lacustres de Saint-Martin ont souffert du cyclone IRMA. Les atteintes aux aménagements et au patrimoine naturel sont considérables. L’expertise propose une hiérarchisation des étangs en fonction du degré d’impact du cyclone : par endroit, 70 % de la mangrove est morte tandis que d’autres sites présentent des impacts de moindre importance. Pour certains sites, le cyclone est venu impacter des mangroves déjà sénescentes.

Suite au cyclone, « une connexion naturelle est apparue entre l’étang des Salines d’Orient et la baie du Galion permettant l’évacuation du trop plein d’eau collecté dans l’étang. Ce chenal assure une meilleure circulation de l’eau avec un apport d’eau plus oxygénée, moins turbide et moins chaude de la mer vers l’étang. La conservation de ce chenal est bénéfique pour les écosystèmes lacustres et marins permettant une accélération de la régénération des mangroves bordant l’étang ainsi qu’une libre circulation des invertébrés et des poissons qui trouvent une aire de nurserie et d’abris entre les racines des palétuviers » (RNSM, 2017).

Ouverture naturelle d'un exutoire suite au passe du cyclone © Mélanie HertemanAinsi, grâce à ce travail d’expertise, les gestionnaires disposent de préconisations pour tenter d’accompagner au mieux la résilience des écosystèmes : nettoyage, maintien des connectivités écologiques notamment du point de vue de certains exutoires, suivi de paramètres abiotiques permettant de déceler ou d’anticiper des perturbations (qualité de l’eau, nutriments, bactériologie). Dans la mesure où certains auteurs avancent non pas l’augmentation du nombre de cyclones mais l’accroissement de leur intensité, cette étude fournit une trame d’analyse des impacts des cyclones sur des zones humides côtières et les problématiques associées.

En savoir plus

- Télécharger le diagnostic écologique des étangs (cahier n°1)

- Télécharger les fiches "Etat des lieux" pour chaque site suivi (cahier n°2)

Page mise à jour le 22/10/2018
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